Les Nordiques, je les haïssais solide.

Les Nordiques, je les haïssais solide.

Les Nordiques sont en ville

Bon, tout le monde parle des Nordiques et de la nostalgie. Par contre, si vous avez 35 ans ou moins, vous n’avez probablement aucune idée de quoi on parle. J’ai donc décidé aujourd’hui de vous parler de ma relation avec les Nordiques

Transportons-nous au début des années 80. (J’ai 51 ans.) Issu d’une famille d’immigrants, le soccer était le sport le plus suivi à la maison. Mon père était un partisan incontesté de Naples et suivait religieusement les faits et gestes de son club par la radio et les journaux, faute de moyens technologiques plus avancés à l’époque.

J’ai grandi à Ahuntsic, dans un environnement francophone, et contrairement à la grande majorité des Italiens de Montréal, je suis allé à l’école en français. Mon meilleur ami en classe, à 8 ans, s’appelait Chad. Un joueur de hockey élite pour son âge. Chad était un fervent partisan des Nordiques de Québec. Pourquoi? Probablement parce que son père travaillait dans un bureau, était fonctionnaire, avait une barbe et lisait La Presse. Je sais que ça n’a rien à voir avec l’histoire… mais quand même, ça ajoute au paysage cinématographique.

Pour ma part, le hockey ne faisait pas partie de mes racines culturelles. Mais pour entrer dans le cercle d’amis sportifs, il fallait faire ses preuves. Peu à peu, je me suis donc intéressé au Canadien : son histoire, ses joueurs, ses statistiques, les cartes de hockey, les résultats… Bref, je venais de découvrir ma passion : le sport professionnel.

Tout à coup, je deviens la référence dans la cour d’école. Je nomme tous les joueurs du Canadien, leurs numéros, leurs positions, le classement. Ça devient tellement intense que j’achète moi-même le Journal de Montréal pour tout savoir sur mon club. Je le répète : j’ai 8 ans.

Malgré tout ça, celui avec qui je passe la majorité de mes journées après l’école à faire des slap shots dans la ruelle me parle de ses maudits Nordiques : des frères Šťastný, de Michel Goulet, de son gardien Daniel Bouchard… tout ça pendant qu’il fait un arrêt spectaculaire avec sa mitaine de baseball et une balle de tennis.
Moi, j’étais Rick Wamsley, avec son masque blanc et sa grille style Hannibal Lecter dans Le silence des agneaux. Bref, j’aime faire référence à la culture pop.

À 8 ans, le CH, c’était ma vie. C’était la grande campagne de promotion avec les épiceries Steinberg : chaque semaine, une nouvelle carte du Canadien, style carte postale.
44 ans plus tard… non merci Maxi, je ne collectionne pas vos maudits timbres. Bref!

En 1982, voilà le portrait de mon quotidien : mon CH, mon meilleur chum qui prenait pour l’ennemi avec ses joueurs « communistes » qui parlaient français — je répète, qui parlaient français — et moi, à 8 ans, qui varlope à grands coups de poing dans les coussins du divan quand le CH perd contre le petit cousin de Québec!

C’est là que j’ai appris la définition du bullying par la bande : se faire écoeurer solide quand ton équipe perd. Oui, c’était ça, la rivalité Canadiens–Nordiques… même chez des ti-culs de 8 ans.

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